Corda Bamba (la corde raide) est un film poignant qui mêle habilement imaginaire et réalité dans la vie de Maria, une fillette de 10 ans née et élevée dans un cirque. Ses parents, Gustavo Falcão et Georgiana Góes, sont acrobates, et elle a hérité de cette passion pour l'équilibrisme. Un jour, cependant, elle perd la mémoire et ses parrains Barbuda, la Femme à Barbe (excellent Claudio Mendes) et Foguinho, le cracheur de feu (Augusto Madeira), deux artistes du cirque, l'emmènent vivre chez sa grand-mère (Stela Freitas). Bouleversée par tous ces événement, Maria se réfugie dans un monde imaginaire où elle tente de découvrir la vérité sur la disparition de ses parents et sur ce qui l'a amenée à quitter le cirque et à faire ses adieux à l'enfance.
La scène d'ouverture du film (qui nous rappelle une scène du film "O palhaço", proposé également sur ce blog https://jolegrinch.blogspot.com/2021/11/o-palhaco-le-clown-2011-de-selton-mello.html ) où un groupe de clowns entre sur la piste pour organiser la veillée funèbre de l'un des leurs résume un peu ce qui va suivre à l'écran. Malgré leurs costumes et quelques plaisanteries, une atmosphère funèbre plane, empêchant la joie de s'exprimer pleinement. De même, Maria est contrainte de quitter le monde du cirque et ses paillettes pour aller vivre chez sa grand-mère quelque peu ennuyeuse et hors de son monde à elle. Au milieu de la gaieté apportée par ses parrains, Foguinho et Barbuda, une gravité plane, imposée par ce changement brutal de foyer, chez cette grand-mère qui est totalement à l'opposé de ce qu'elle a vécu et vu jusqu'ici, provoquant un certain malaise chez le spectateur. C'est la réalité qui se montre, soulignant que la vie n'est pas toujours rose.
Sur le fil du rasoir, pour ne pas dire sur le fil de l'équilibriste, le film suit la quête de Maria pour retrouver une mémoire bloquée par un profond traumatisme passé. C'est là que le fil prend une dimension métaphorique, devenant un chemin tortueux et difficile vers l'inconscient de la jeune fille, où elle peut explorer des portes dissimulées dans un couloir obscur. Cette immersion confère au film une densité rarement vue dans un film pour enfants.
Corda Bamba brille par sa capacité à aborder cette dualité entre joie et tristesse. Parmi les moments forts, on retiendra la séquence insolite de la vieille dame pauvre, offerte en cadeau comme on offrirait une poupée ou un doudou, et dont les dialogues savoureux soulèvent des questions existentielles sur les injustices de la vie dans notre société moderne.
Eduardo Goldenstein réalise ici sont premier long métrage, qui, malheureusement, aura rencontré un public restreint. Sa fille Bia Goldenstein y fait également ses débuts au cinéma. Alors qu'il n'était qu'un enfant, le réalisateur avait lu le livre de Lygia Bojunga et il fut fasciné par l'histoire de "Corda Bamba". Dès ses débuts au cinéma Eduardo rêvait d'adapter ce livre. Il l'avait également souvent lu à Bia Goldenstein, sa fille, et lorsque celle-ci apprit que son père projetait d'en faire un film, elle demanda à interpréter le rôle de Maria. D'abord réticent, Eduardo finit par accepter face à l'insistance de sa fille.
Difficile de croire que ce film est brésilien. Les films pour enfants au Brésil sont souvent axés sur un divertissement plein de couleurs et de gags frôlant parfois la scatologie... De ce fait, les films qui traitent les enfants avec un certain sérieux, abordant des sujets pertinents comme la mort sont rares. La présence d'un tel film parmi les longs métrages en compétition au Cine PE (Festival de l'audiovisuel qui, depuis plus de 30 ans, célèbre le meilleur de l'audiovisuel de Pernambuco et du Brésil) a suscité une certaine surprise par la qualité technique de sa dramaturgie et par sa direction artistique qui révèlent des influences cinématographiques sophistiquées allant de Fellini à Bergman. On comprend que le réalisateur Eduardo Goldenstein est un véritable cinéphile. « Le Labyrinthe de Pan », « Alice au pays des merveilles » et « La Belle et la Bête » ont sans doute été parmi ses sources d'inspiration. Cependant, je me demande dans quelle mesure ce film plaira aux enfants : il est profondément triste et, tout au long du récit, une mélancolie tenace nous imprègne, accentuée par une bande originale exquise.
À voir absolument en gardant en tête que peu de réalisateurs brésiliens sont parvenus à saisir l'univers enfantin et ludique avec une telle sensibilité.
1 commentaire:
Bravo à toi pour cet inédit si alléchant :)
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