Voici un chef-d'œuvre du grand réalisateur russe Boris Barnet. Féru de culture physique il revient à ses premières passions, à travers le portrait de deux figures populaires du début du XXe siècle, le clown Durov et l'athlète Poddubny.
Je ne vais pas vous raconter le synopsis, nous le connaissons puisque je vous ai déjà proposé il y a quelques temps "Iron Ivan" et que le film reprend les heures mémorables de ce grand lutteur russe nommé Ivan Poddoubny (https://jolegrinch.blogspot.com/2023/06/poddubnyy-2014-iron-ivan-gleb-orlov.html). Je préfère vous parler des héros de cette histoire, c'est à dire :
Anatoli Leonidovitch Durov, né en 1864 à Moscou d'un père policier, il est élevé par son parrain. Il le quittera en 1880 pour rejoindre le cirque Weinstock où il se produira comme acrobate, funambule et, finalement clown. Ses numéros, où il met en scène des animaux, sont très demandés. Satiristes ayant adopté une position anarchiste contre le gouvernement tsariste autocratique durant les dernières décennies de la dictature soviétique, il devient très vite le premier clown illustre de Russie et son frère ainé, Vladimir, sera le fondateur de la fameuse ménagerie Dourov de Moscou . Il est le premier clown soviétique à se produire sous son vrai nom et non sous nom de scène comme il était de coutume à l'époque. Ne supportant pas l'autorité il finira par perdre cette popularité et décédera en 1916 d'une fièvre typhoïde alors qu'il était en tournée à Marioupol, mais la famille Durov offrira encore par la suite à la Russie d'innombrables grands spectacles de dressage, de clowns et même quelques acteurs. (Pour en savoir un peu plus sur ce personnage hors du commun, vous pouvez suivre ce lien très bien documenté : https://www.circopedia.org/Anatoly_Durov )
Raoul Buchet... en fait son nom d'artiste était Raoul le Boucher, mais son nom véritable était Raoul Musson. Né à Chatillon-sur-Loire et mort à Nice (1883 - 1907) Ce fut un lutteur professionnel de grand talent et d'une renommée internationale qui a commencé par suivre à l'âge de 14 ans les cours de l'école Paul Pons. Est-ce un point de vue du réalisateur ou bien ce personnage était vraiment le rusé mécréant que nous décrit Boris Barnet? Il semblerait bien que oui et ce n'est guère flatteur pour nous, spectateurs français de voir cet énergumène de 1 mètre 86 et 130 kilos se laisser aller à des tricheries pareilles. En tout cas, le comédien qui lui prête vie est excellent dans son rôle.
Ivan Poddubny quant à lui est né en Ukraine en 1871. Il fut l'un des lutteurs les plus célèbres au monde, en 40 années de carrière il n'a pas perdu une compétition. Toute sa famille était dotée d'une force herculéenne et il disait qu'une seule personne était capable de le battre : son père! Ivan doit quitter la maison paternelle pour subvenir à ses besoins et va travailler comme débardeur dès l'âge de 20 ans. Il commence à participer à quelques combats de lutte et gagne une première victoire au cirque de Théodosie où il sortira vainqueur de toutes les compétitions. Outre ses deux combats mémorables contre Raoul le Boucher, il battra aussi les champions Alexandre Garkavenko et Ivan Zaïne et pendant la guerre civile, où il est aux cirques de Jitomir et de Kertch, il défait le meilleur lutteur de l'armée de Makhno. En 1920 il est arrêté par le comité d'Odessa et manque d'être fusillé. Il travaille ensuite pour le cirque d'état et part en tournée mondiale pendant plusieurs années. Il remporte le titre de Champion d'Amérique à l'âge de 55 ans, en 1926. Pendant la Seconde Guerre Mondiale il se retire à Leïsk et refuse de partir pour l'Allemagne pour y entraîner les athlètes nazi. Il décédera en 1949, à l'âge de 70 d'un infarctus dans la misère la plus totale (ayant même été obligé de vendre ses innombrables médailles pour se nourrir)
Boris Barnet, un des très grands cinéastes soviétiques, s'est donné la mort en 1965. Trente ans après "Miss Mend" et "La Jeune fille au carton à chapeau" il réalise en 1957 un de ses derniers films : Le Lutteur et le Clown. Entre la lucidité, le sens du rythme et de la rupture de ton, son sens de l'humour et sa poésie, le cinéma de Barnet est un indescriptible exercice d'équilibre. Ces corps rustres qu'il a filmés ici avec tendresse est d'un lyrisme unique. L'ultime déclaration de l'attachement d'un cinéaste au corps (il vint au cinéma par la boxe et les fêtes foraines)
Anatoliy Solovyov, Boris Petker, Iya Arepina









1 commentaire:
Merci beaucoup jolegrinch pour ce film de cet incroyable réalisateur russe
Enregistrer un commentaire